La parabole du fils prodigue
La parabole et son contexte
La parabole est l’une des méthodes de l’art oratoire illustrant une vérité morale ou religieuse, par une comparaison tirée de la vie courante. Les vérités présentées en paraboles par Jésus se gravent mieux dans la mémoire qu’un simple exposé didactique.
Aucun enseignement sur la miséricorde du Seigneur envers les pécheurs repentants n’aurait produit l’effet de la parabole du fils prodigue.
Jésus prononça, entre autres, la parabole du fils prodigue durant les 6 mois qui s’écoulèrent entre la fête des Tabernacles et sa dernière Pâque.
L’Evangile de Luc a regroupé trois paraboles en réponse à la remarque des pharisiens et des scribes scandalisés par le comportement de Jésus fréquentant pécheurs et publicains : la brebis perdue, la drachme perdue et le fils prodigue.
Ces trois paraboles se déroulent dans un schéma identique, dont le thème central est la joie provoquée par les retrouvailles. Le personnage principal est toujours celui qui se réjouit et invite les autres à se réjouir, parce qu’il a retrouvé ce qui était perdu.
Quatre phases :
Le voyage du cadet à l’étranger (vv.11-16)
Etude des mots
Prodigue
Personne qui fait des dépenses excessives, inconsidérées. La parabole du fils prodigue est aussi appelée celle du « fils perdu et retrouvé », de « l’enfant prodigue », ou de « la parabole des deux fils ».
Héritage
D’après la loi mosaïque, les biens d’un homme se partageaient à sa mort entre ses fils. L’aîné recevait le double de ce qui était accordé à ses cadets (1). C’est ce qu’on appelle le droit d’aînesse. Dans cette parabole, le cadet demande sa partie qui devait aussi être constituée de biens matériels. Il les vendra pour avoir de l’argent.
Notons que l’aîné a droit au double de l’héritage de son frère. Son père garde néanmoins encore l’autorité sur la part qui lui est destinée. Mais l’aîné a déjà accès aux biens de son père, il peut s’en servir comme bon lui semble (2).
Débauche
Le mot débauche traduit toute une série de dérèglements surtout sur le plan sexuel, exprimés par une grande variété de termes avec certaines nuances. Cependant, elle englobe aussi l’excès de boisson, de table, etc.
Dans ce texte, le terme débauche (3) désigne « la dissipation, l’inconduite, la corruption ». Certains textes traduisent par « vie immodérée ».
La débauche – qui est une forme d’idolâtrie – a sa source dans la convoitise de la chair et elle représente une révolte contre Dieu, qui a créé notre corps pour sa gloire.
Dilapider ses biens
Ce terme est couplé avec la débauche. Le fils cadet a dépensé une partie de son argent pour aller avec des prostituées (4). Ce verbe en hébreu signifie aussi « disperser ». Pour ce fils, le pays éloigné apparaît comme le monde des possibilités insoupçonnées. Ses dépenses sont le résultat d’une vie dissolue. « L’homme qui aime la sagesse réjouit son père ; celui qui fréquente les prostituées perd ses biens » (5)
Les cochons
Les cochons sont des animaux impurs pour les juifs. Il est écrit dans la loi de Moïse que « le porc, qui a les sabots fendus et les pieds fourchus, mais qui ne rumine pas : il est impur pour vous » (6). Cet animal vorace ne refuse pas de manger des détritus et des ordures. Sous les climats chauds, on prétend que la viande de porc produit des affections cutanées. Celui qui touchait accidentellement un porc se lavait aussitôt, tandis que les porchers étaient exclus des temples et ne pouvaient épouser que des filles de porchers.
Les Juifs tenaient la chair de porc pour abominable. Cet animal leur semblait symboliser l’impureté et la grossièreté. Il y a un proverbe dans le Talmud (7) qui dit « Maudit l’homme qui élève des porcs et maudit l’homme qui enseigne à son fils la sagesse grecque ». Ainsi, garder les cochons était, aux yeux des Juifs, l’occupation la plus méprisable.
Les caroubes
Le caroubier est un arbre mesurant de cinq à sept mètres de hauteur et pouvant atteindre exceptionnellement quinze mètres. Il se nomme également « flamboyant (8) », « arbre aux sauterelles », « carouge », « pain de saint Jean-Baptiste » ou « figuier d’Egypte ».
Cet arbre n’a pas d’épines et porte de grandes quantités de fruits, appelés « caroubes ». Il s’agit de gousses pendantes de dix à trente centimètres de long sur un et demi à trois centimètres de largeur. D'abord vertes, elles deviennent brunes foncées à maturité, en juillet de l'année suivante. Elles sont coriaces et épaisses. Le fruit sorti de la gousse mesure plus de deux centimètres. En temps de grande famine, le peuple peut consommer des caroubes vertes. Cette nourriture est d’ordinaire réservée au bétail et aux porcs. Le fils prodigue aurait été content de pouvoir en manger.
Notons que la pulpe des gousses permet de fabriquer un sirop.
Récapitulatif
Le fils cadet, dès qu’il part de la maison paternelle, suit sa route jusqu’à ce que son univers s’écroule autour de lui, lorsque sa fortune est dilapidée. Il devient nécessiteux, si bien qu’il doit se mettre, lui, un juif, au service d’un païen qui l’envoie garder les cochons.
Dans cette déchéance, il se rend compte que son maître nourrit mieux ses cochons que lui, qui meurt de faim. On ne veut même pas lui donner des caroubes.
La réflexion du cadet, retour vers son père (vv.17-20a).
Etude des mots
Rentré en lui-même
Autres traductions : revenu en lui-même, retrouvant son bon sens. Le fils cadet réfléchit sur sa condition et regarde la réalité en face. Il a fallu qu’il se retrouve à mourir de faim pour commencer à réfléchir sur sa condition.
Il s’interroge :
- Que me reste-t-il encore ? « Rien, sinon mourir de faim »
- Qui suis-je ?
- Suis-je encore un fils ?
Pécher
Ce verbe (9) signifie « manquer le but », « dévier d’une cible ». Le terme péché est souvent utilisé comme un terme générique couvrant tout ce qui, dans la disposition, les desseins et le comportement de l’homme (10) sont contraires à la volonté révélée du Seigneur. Le fils prend conscience qu’il a péché contre Dieu et contre son père. Il a pris un autre chemin que celui qui lui était, à la base, destiné. Il n’a pas pris un chemin de vie, mais un chemin de mort et de perdition. Son désir de liberté l’a, en fin de compte, emprisonné. Il y a eu des conséquences à sa fuite de la maison, et à sa vie sans limites.
Récapitulatif
Le fils cadet s’interroge face à sa perdition. C’est premièrement dans son cœur qu’il retourne à la maison paternelle. Il se décide alors de rentrer, de reconnaître ses torts et de demander de pouvoir vivre comme ouvrier aux côtés de son père. Il se met en route !
Accueil et joie du père (vv.20b-24)
Jusqu’à présent, nous avons beaucoup parlé du fils et de ce qu’il avait fait. On a moins vu le père, mis à part qu’il est mentionné qu’il a respecté le choix de son fils et l’a laissé libre de partir. Mais, dès le v.21, le rôle du père devient central. Il n’a pas pu retenir son fils qui a décidé de partir, mais il guette son retour (11).
Lorsqu’il voit son fils, le père court à sa rencontre pour l’accueillir (12). Le retour à la maison prend une tournure inattendue grâce au Père qui accueille son enfant comme un fils à part entière et fait préparer une fête.
Etude des mots
La robe
La robe (13) est une longue tunique que les hommes portaient couramment. Ce vêtement dont il nous est parlé dans cette parabole, était pour des occasions spéciales. C’est un habit de fête, qu’on ne met pas forcément tous les jours.
Rappelons-nous que le fils prodigue, lorsqu’il revient à la maison paternelle, est sale et qu’il n’a plus de vêtement.
Le fils cadet est honoré ; on peut dire qu’il passe de la mort à la vie. Au sens figuré, la robe est le symbole de la justice, la pureté et la sainteté. Dieu revêt son peuple des vêtements du salut et il le couvre du manteau de la justice. Il lui accorde la justification dont le peuple s’enveloppe et se pare comme d’un vêtement de fête (14).
La bague
Ce mot se traduit (15) par bague ou anneau. Dans l’antiquité, la bague était synonyme d’autorité et de haut rang. Elle était probablement munie d’un sceau.
Dans le Nouveau Testament, la bague symbolise le pouvoir, l’autorité, l’honneur et la dignité. Un homme avec un anneau d’or était considéré comme riche (16).
En lui mettant un anneau d’or au doigt, le père donne à son fils le droit sur toutes les richesses paternelles. C’est une magnifique preuve d’amour et de confiance de la part du père. Le « prodigue » est rétabli comme fils de la maison et ayant droit à tout ce qu’il y a dedans.
Les sandales
Ce mot se traduit (17) par sandale ou soulier. Les chaussures de l’époque étaient en général des sandales de cuir, que l’on attachait par des courroies. Les esclaves étaient généralement pieds nus. Et à cette époque, seuls les habitants de la maison pouvaient entrer avec leurs chaussures. Même les invités se déchaussaient.
Le fait que le père chausse son fils avec des sandales montre qu’il le considère comme fils et membre de la maison et non comme serviteur.
Récapitulatif
Le père, lorsqu’il voit son fils, court à sa rencontre. Le fils demande pardon pour le mal qu’il a fait et son père le rétablit dans sa maison. Il organise une grande fête en son honneur.
Ce fils qui avait été comme mort pour la famille, et qui a échappé de justesse à la mort à cause la misère dans laquelle il se trouvait, retrouve la vie et son statut de fils du père dans la maison.
La résistance du fils aîné à participer à la fête et aux réjouissances des retrouvailles avec son frère (vv.25-31)
Lorsque le fils aîné rentre du travail aux champs, la joie de la fête a saisi toute la maison. Ne comprenant pas pourquoi on fête son frère, il proteste et reste dehors. Le père, de la même manière qu’il s’est présenté à son fils cadet, se présente à son fils aîné pour l’inviter à se réjouir de l’arrivée du prodigue.
Ce qui révolte l’aîné et le met en colère, c’est la façon dont on traite celui qu’il ne considère plus comme son frère. C’est pourquoi, d’ailleurs, il est incapable de prononcer le nom de « frère ». Il dit : « ton fils que voici… ». Le père restaure aussitôt les liens en répondant : « ton frère que voici… ».
L’aîné ne se plaint pas de son travail, mais il oppose ses années de loyauté et de service à la maison paternelle, au fait qu’on célèbre une fête en l’honneur de son frère qui a dilapidé l’héritage familial. Il ne saisit pas l’attitude du père qui agit au niveau de la miséricorde et de l’amour, tandis que lui réagit au plan de la justice humaine.
Le père n’aime pas moins l’aîné que le cadet : « mon fils, tu es toujours avec moi et tous mes biens sont à toi (18) ». Il ne contredit pas les déclarations de justice de son fils, mais il aimerait l’entraîner dans une autre logique, non légaliste : celle de l’amour de Dieu qui nous ouvre aux autres.
Récapitulatif
Nous remarquons, après ce dernier point, que le titre « fils prodigue » est un peu réducteur, car la parabole est plutôt celle du père et de ses deux fils.
Tous les deux sont aimés du père : il se réjouit du retour de son cadet et lui fait grâce, et il désire que son fils aîné se réjouisse avec lui de son bonheur, et qu’il puisse entrer dans une nouvelle dimension d’amour et de compassion pour celui qui était perdu et qui est revenu !
C’est le désir de Jésus pour les scribes et les pharisiens : qu’ils puissent dépasser leur incompréhension et leur refus face à son attitude envers les pêcheurs (19).
Trois aspects différents de la parabole
Le cadet et la conversion
La voie suivie par le fils cadet prend trois directions
- Le chemin de l’éloignement.
- Le chemin qui le conduit en lui-même.
- Le chemin qui le conduit vers son père.
Dans la phase du retour sur lui-même, le fils entre dans un processus de conversion (20). Au départ, le cadet et en situation de rupture ; il a déserté –fui – la maison paternelle et dilapidé ses biens d’une manière contraire à la morale juive. Il rentre en lui-même, reconnaît ses torts devant Dieu et devant son père et se montre prêt à renoncer à ses privilèges de fils.
La conversion, c’est l’accueil du salut ; c’est la réponse à l’invitation de Dieu en renonçant et en quittant sa situation de péché. Avec l’exemple du fils cadet, Jésus adresse son message de grâce à tous les pécheurs qui se repentent et se tournent vers Dieu.
Le père accueillant et dans la joie des retrouvailles
Dans cette parabole, il est évident que l’attitude du père ne correspond pas du tout à l’attitude courante de l’époque. Ce qui, à première vue semble ne pas aller de soi, est expliqué et éclairé par le mouvement de la parabole.
L’attitude du père face à ses fils :
- Le fils cadet part = Le père respecte sa liberté et attend son retour
- Le fils cadet rentre = Le père l’accueille et l’invite à la fête
- Le fils aîné est spectateur = Le père va à sa rencontre pour l’associer à sa joie
Par les attitudes du père, la parabole nous présente l’amour de Dieu comme un événement surprenant qui nous entraîne. En tant que pardon, l’amour de Dieu donne une nouvelle dimension à l’homme. Le fils cadet sort du néant pour revivre, tandis que le fils aîné est invité à la fête. La parabole révèle le caractère de Dieu, montre sa tendresse face à l’homme et rappelle que c’est autour de lui que se noue toute vie.
Dans l’attitude du père envers le cadet et l’aîné, la joie est particulièrement soulignée. Il ne peut cependant se réjouir seul. Il espère que l’aîné, qui est resté fidèle, partagera sa joie. le père retrouve un fils ; l’aîné pourrait retrouver un frère.
L’aîné et le sens de la justice
L’aîné exige une application très juridique et excessive de la Loi. Dans sa réaction à l’égard de la fête, on retrouve l’indignation des pharisiens à l’égard de Jésus qui mange avec les pécheurs. S'ils protestent, c’est que d’après eux, si Jésus est un juste, il ne devrait pas s’attabler avec des pécheurs. Ils voient dans l’attitude de Jésus une transgression de la loi, donc de la volonté de Dieu ; alors qu’il en est tout autrement ! Ainsi, par cette parabole, Jésus oppose aux jugements et aux opinions habituels une attitude et des perspectives nouvelles. La parabole évoque une fête à laquelle tous sont conviés.
- Deutéronome 21.15-17.
- Cf.v.31 : « tout ce qui est à moi est à toi ».
- ¢swtia – asôtia.
- Cf. v.30.
- Proverbes 29.3.
- Lévitique 11.7 ; Deutéronome 14.8.
- Le Talmud (étude en hébreu) est une compilation des discussions rabbiniques se rapportant à la législation, à l'éthique, aux coutumes et à l'histoire des Juifs.
- En raison de sa floraison rouge vif.
- ¡martanw – pécher.
- L’humain.
- Il l’aperçoit de loin.
- L’initiative du père est soulignée par les actions : « il le vit », « il fut ému », « il courut à sa rencontre », « il le sera contre lui », « il l’embrassa ».
- stolh – robe, vêtement.
- Esaïe 61.10
- dakulioj.
- Nb. : La bague se portait généralement à l’annulaire gauche.
- Øpodhma.
- Cf. v.31.
- Luc 15.1-2.
- Même si ce terme n’apparaît pas dans la parabole.
- Le verset 32 dit la même chose, avec la notion de fête et de réjouissance en plus.
Gaël Marti.
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Clip d'une chanson de l'histoire (version moderne) (6:38)
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Image avec chiffres à relier et colorier
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6 Diaporamas des photos (Kt42)
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7 Illustrations de l'histoire
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8 Vidéo de l'histoire racontée en dessinant (4:57)
https://www.youtube.com/watch?v=fq0ZPN92rUU
9 Vidéo : histoire racontée en images (2:28)
https://www.theobule.org/video/le-fils-prodigue/283
10 Vidéo Dessin animé moderne (7:41)
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11 Vidéo Histoire racontée avec du sable (5:07) Sans parole
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12 Vidéo Histoire racontée (2:39)
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